"MINI-PLEINS" ET DEMANDE DE CREDIT CHEZ LES POMPISTES
L'oeil rivé sur le cadran lumineux de la pompe, Karim manie le pistolet à essence avec beaucoup de précaution. Concentré, l'automobiliste alimente le réservoir de sa Volvo avec application. Le technicien de maintenance n'est pas venu pour faire le plein, mais juste pour mettre « 10 € d'essence » dans sa voiture.
« C'est pas beaucoup, mais ça va me permettre de tenir la semaine, explique cet homme de 43 ans. Le carburant coûte tellement cher qu'il faut faire attention. » Derrière sa caisse, le pompiste de cette station du Val-d'Oise encaisse l'unique billet rouge sans surprise. « Des petits pleins comme celui-là, c'est monnaie courante », glisse-t-il. Un rapide coup d'oeil sur son ordinateur permet de le vérifier : en ce samedi après-midi, quatre des treize dernières livraisons qu'il vient d'effectuer concernaient des transactions de moins de 12 € . Dans cette station où le litre de sans-plomb 98 s'écoule à 1,479 €, un automobiliste a même réglé une facture de 5,06 €.
« L'essence va devenir un luxe »
Dans ce coin de banlieue nord comme ailleurs, à l'heure où les prix du carburant n'en finissent plus de tutoyer les sommets, les pompistes constatent la forte propension des automobilistes à privilégier les pleins d'un montant réduit. « Je dirais que les trois quarts de mes clients ne remplissent pas leur réservoir, avance une pompiste des Hauts-de-Seine. Il y a beaucoup d'achats autour de 20 €. C'est un phénomène qui se développe, mais c'est vrai qu'au rythme où vont les choses l'essence va devenir un luxe. » Pour Karim, c'est déjà le cas : en un an, il n'a jamais fait le plein complet de son véhicule. « Trop cher. »
Conscients de vendre un bien chaque jour un peu plus précieux, les pompistes sont les observateurs privilégiés des états d'âme de leurs clients. « Ça fait un moment qu'ils se plaignent, constate un employé dans une station de Seine-Saint-Denis. En tout cas, ils sont très attentifs aux tarifs : même quand la hausse n'est que de un centime, ils le remarquent. » Au-delà des plaintes, dans les stations-service, on s'est bien rendu compte d'un changement d'habitude de la part des automobilistes. « Je ne sais pas si les gens se sont remis au vélo comme ils menacent de le faire, mais, une chose est sûre, la consommation globale est en baisse dans ma station. Les gens roulent moins », affirme un professionnel de la banlieue nord. A Ermont (Val-d'Oise), le pompiste a fait les comptes : « Il y a an et demi, j'écoulais en moyenne 15 000 l de carburant par jour. Désormais, on est plutôt autour d'une quantité de 10 000-11 000 l. »
« Avec les clients réguliers, on est compréhensifs »
Pour certains automobilistes, la charge essence dans leur budget est telle qu'ils sont contraints d'avoir recours au crédit. « On a des demandes à partir du 15 ou du 20 du mois, indique le pompiste d'Ermont. Avec les clients réguliers, on est compréhensifs. On leur demande quand même de laisser une pièce d'identité. » En fouillant dans son tiroir, l'employé exhibe une carte grise, une carte d'identité et une carte bancaire. Autant de témoignages de « pleins » non payés. Un jeune conducteur de deux-roues a laissé sa carte d'identité : il doit 1 € à la caisse.
(source Le Parisien)
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